L’Acte constitutionnel de 1791 accorde la qualité d’électeur à certains propriétaires et locataires sans distinction de sexe. C’est ainsi que certaines femmes du Bas-Canada qui ont les qualités requises interprètent cet « oubli » constitutionnel comme une autorisation pour voter. Elles sont, semble-t-il, les seules dans l’Empire britannique à se prévaloir de ce droit [1] . Cependant, l’air du temps n’est pas féministe et l’histoire se charge de ramener les femmes à leurs activités domestiques. Dans La Minerve du 3 février 1834, Louis-Joseph Papineau exprime clairement la mentalité de l’époque : « Il est odieux de voir traîner aux hustings des femmes par leurs maris, des filles par leurs pères souvent contre leur volonté. L’intérêt public, la décence, la modestie du sexe exigent que ces scandales ne se répètent plus » [2]. Tant et si bien qu’en 1849, sous le ministère La Fontaine-Baldwin, on corrige cette « irrégularité historique » en interdisant formellement aux femmes de voter.
Au Québec, il faut attendre le 20e siècle pour que s’amorce un véritable mouvement de lutte pour l’abolition de la discrimination électorale faite aux femmes. C’est d’abord sur le front fédéral que s’amorce la lutte. En 1912, la Montreal Suffrage Association mobilise ses forces pour l’obtention du droit de vote à ce palier. La cible est atteinte en 1918.
Dans les autres provinces, les suffragettes sont actives. Le Manitoba est la première province à accorder le droit de vote aux femmes en 1916, suivie dans la même année par la Saskatchewan et l’Alberta. En 1917, la Colombie-Britannique et l’Ontario se joignent au mouvement. La Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, et l’Île-du-Prince-Édouard autorisent respectivement le droit de vote aux femmes en 1918, 1919 et 1922.
Seules les Québécoises sont exclues de la vie politique et il leur faudra attendre encore plusieurs années pour que leur droit soit rétabli.
« L’entrée des femmes dans la politique, même par le seul suffrage, serait pour notre province un malheur. Rien ne le justifie, ni le droit naturel, ni l’intérêt social; les autorités romaines approuvent nos vues qui sont celles de tout notre épiscopat. » (Propos du cardinal Bégin (source : Cap-aux-Diamants, no 21, printemps 1990, p. 23).
« On invoque l’argument de similitude avec les autres provinces, comme si pour certains le progrès consiste à singer ce que font les autres. Québec a ses traditions, ses coutumes et elles sont sa force et sa grandeur. Advenant l’adoption de ce bill, la femme ressemblerait à un astre sorti de son orbite. » (L.-A. Giroux, conseiller législatif (Wellington), extrait des débats du 25 avril 1940 à l’Assemblée législative.)
« …les Canadiennes françaises risquent de devenir des « femmes publiques », « de véritables femmes-hommes, des hybrides qui détruiraient la femme-mère et la femme-femme ». (Henri Bourassa, fondateur du quotidien Le Devoir, (source : Cap-aux-Diamants, no 21, printemps 1990, p. 20).
Le 25 avril 1940 marque la fin d’une dure bataille et le début d’une ère nouvelle où les femmes poursuivent le combat pour leurs droits et l’amélioration de la société. Toutefois, ce n’est qu’en 1961 qu’elles ont une voix dans l’enceinte parlementaire. Cette voix, c’est Marie-Claire Kirkland-Casgrain. Première femme élue et la première à être ministre, elle fait avancer la cause des femmes en présentant un projet de loi qui, en 1964, met fin à l’incapacité juridique des femmes mariées.
Cependant, la présence significative des femmes à l’Assemblée nationale ne se fait sentir que dans les années 80. Il faut attendre 1985 pour que les candidates élues dépassent la dizaine : 18 en 1985, 23 en 1989 et 1994, pour atteindre finalement 29 aux élections générales de 1998, soit 23 % des sièges.
L’égalité politique des femmes et leur accès au pouvoir ont permis de faire évoluer les lois et d’initier de nombreuses mesures qui ont contribué à l’évolution de la société québécoise. À cet égard, rappelons que depuis l’adoption de la Charte québécoise des droits et libertés en 1975, toute discrimination fondée sur le sexe est interdite.
La lutte des femmes pour leurs droits s’est faite pas à pas où, comme le disait Thérèse Casgrain à propos du combat des femmes pour le suffrage universel : « Si on y met le temps, on arrive à cuire un éléphant dans un petit pot! »[3]
Le 2 octobre 2000, le Directeur général des élections du Québec (DGEQ), le Conseil du statut de la femme, la Commission de la capitale nationale et l'Assemblée nationale ont procédé au dévoilement d'une affiche soulignant le 60e anniversaire du droit de vote des femmes. « L'artiste, Mme Brigitte Labbé, nous offre une femme sereine, une femme qui appartient à toutes les époques, une femme " libre de faire entendre sa voix ". L'affiche produite à partir de cette oeuvre se veut un hommage à toutes les femmes, car il n'est pas de démocratie sans elles. »
BIBLIOTHÈQUE DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE. Le suffrage féminin: débats sur la Loi accordant aux femmes le droit de vote et d’éligibilité, Division de la recherche, 9 - 25 avril 1940, Québec 1990, 30 pages.
BRADBURY, Bettina. « Devenir majeure - la lente conquête des droits » dans Cap-aux-Diamants, no 21, printemps 1990, p. 35 à 38.
CLEVERDON, Catherine Lyse. Woman Suffrage Movement in Canada. University of Toronto Press, 1950.
COLLECTIF CLIO. L’histoire des femmes du Québec. Quinze, Montréal 1982.
DARSIGNY, Maryse. « Les femmes à l’isoloir : la lutte pour le droit de vote » dans Cap-aux-Diamants, no 21, printemps 1990, p. 19 à 21.
LAMOUREUX, Diane. « Citoyennes? Femmes, droit de vote et démocratie. » Les Éditions remue-ménage, Montréal 1989.
LAPLANTE, Laurent. « Les femmes et le droit de vote - L’épiscopat rend les armes » dans Cap-aux-Diamants, no 21, printemps 1990, p. 23 à 25.
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